
En quelques mots
Le monde d’Heera s’est toujours limité à la ruelle d’un bidonville du nord de l’Inde où elle vit avec sa famille. Mais le jour où elle est renvoyée de l’école pour s’être battue avec un garçon, elle sait que son avenir est sérieusement menacé. Alors que les adolescentes de sa tribu n’ont pour unique perspective que la prostitution, sa rencontre avec la directrice d’un foyer de jeunes filles est décisive. Outre sa protection, c’est une nouvelle forme d’expression que Rini Di offre à Heera, celle d’un sport de combat élevé au rang d’art : le kung-fu. L’élève est fascinée, zélée et bientôt virtuose. Ce qui ne devait être qu’un cours d’autodéfense va devenir un véritable enjeu pour la jeune fille, et une question de vie ou de mort pour sa famille.
Une nouvelle lecture à côté de laquelle je serais passée à côté si je ne l’avais pas réalisée dans le cadre du Prix Ste-Beuve au travail.

Sous les couleurs, la noirceur
La couverture très colorée et attrayante a su capter mon attention, mais elle ne laissait clairement pas présager d’une histoire aussi sombre. Le thème de la prostitution en Inde est très actuel et important, et finalement assez méconnu. L’autrice, dont c’est le premier roman, connaît parfaitement son sujet. L’écriture est accessible sans être enfantine, elle ne prend pas de haut son lectorat plutôt jeune, au contraire. Peu de choses sont épargnées aux lecteurs, même si l’écriture reste pudique.
Rythme et féminisme
Le texte est rythmé, il n’y a pas de temps mort et on ne s’ennuie jamais. L’intrigue nous embarque vite, d’autant plus que les personnages sont touchants et très justes. J’ai énormément aimé Heera et son caractère fougueux, mais qui n’en a pas moins des doutes, de la culpabilité et de la peur. Elle a beau être une héroïne, elle reste très humaine.
Le kung-fu rient lui aussi une place centrale dans l’histoire, pas forcément aisé d’écrire sur ce sujet, pourtant c’est très réussi : on comprend tout, même quand on n’y connaît rien, mais ce n’est pas rébarbatif pour autant.
Cette histoire est aussi très féministe, avec ces personnages féminins qui se rebellent contre tout un système. C’est porteur d’espoir, même si on sait bien évidemment que rien n’est aussi simple que dans une fiction.
De l’espoir…
La fin est forcément un peu prévisible, presque un peu « facile », mais c’est aussi bien d’avoir une fin plutôt optimiste, d’autant plus quand on sait que c’est une fin réaliste pour certaines jeunes filles en Inde. Pas toutes, bien entendu, mais pour une fois, mettre en lumière le positif, ça ne fait pas de mal.
Le dossier documentaire qui clôture le livre donne envie de s’intéresser encore plus au sujet. C’est une lecture avec quelques petits défauts mais qui m’a touchée et m’a beaucoup appris.
Mes seules perspectives sont de me marier ou de me prostituer. Uniquement parce que je suis une fille.
